Armand Rérat

Armand Rérat naît le 19 septembre 1892, à Etupes, village agricole de Franche-Comté, près de Sochaux où seront développées ensuite les usines Peugeot. Son père est garde communal pour la commune d’Etupes et sa mère fait de petits travaux d’horlogerie chez elle, comme beaucoup des villageoises de cette région.

 

 

 

Il va à l’école du village, après quoi son instituteur recommande qu’on l’envoie faire ses études secondaires au Collège Cuvier à Montbéliard, pour lequel il obtient une bourse.

Après son baccalauréat il entre au Lycée Henri 1V à Paris, où il fait deux ans, hypokhâgne et khâgne. Là, entre autres, ses professeurs sont Beaujeu en anglais, et le philosophe Alain, qui a sur lui une très forte et durable influence : quand il décide de se spécialiser en anglais plutôt qu’en philosophie, Alain lui envoie une lettre pour l’encourager dans cette voie, en lui donnant des conseils qu’il mettra certainement en pratique tout au long de sa vie : celui d’écrire ses réflexions par exemple.

Admissible à l’écrit de l’École Normale de la Rue d’Ulm en 1912, Armand Rérat obtient une Bourse de licence mais ne repasse pas le concours car il ne peut garder sa Bourse, et il continue ses études supérieures à l’Université de Lille (1912-1914). Celles-ci comprennent un séjour en Angleterre (1912-13).

A Lille il fait connaissance d’une des premières étudiantes femmes en langues (anglais) qu’il retrouve en 1919 et qu’il épouse : Lucienne Vautrin. Les noms de professeurs qu’ils citent sont Delattre et Derocquigny. <>En 1914 Armand Rérat est mobilisé, fait une année d’entraînement comme lieutenant, rejoint le front de Lorraine (1915), et est envoyé à Verdun en Juin 1916. A l’automne 1917 il est nommé instructeur, puis officier de liaison, dans l’armée américaine (Division Arc-en-Ciel) avec laquelle il reste jusqu’à l’occupation de Remagen en Allemagne. D’où l’extrait de Father Duffy’s Story, dans In The English Boat, un des manuels d’anthologie qu’il écrit pour les élèves des grandes classes de lycée : le Père Duffy, aumônier du régiment, raconte dans ce passage de son livre un moment de la retraite allemande de Champagne, où Armand Rérat remplace son nom par celui de Roy.

En 1919 il retourne à Lille, passe l’agrégation des démobilisés en Octobre, et est nommé professeur au lycée Poincaré à Nancy. Il se marie en 1920. En 1927, la famille Rérat avec trois enfants quitte Nancy pour s’installer à Sceaux, où Armand Rérat enseigne l’anglais au Lycée Lakanal jusqu’à sa retraite en 1957 – à l’exception de 1939-1940 : En tant que réserviste, il a été mobilisé et envoyé à Wormhoudt près de la frontière belge, où il a passé plusieurs mois. S’étant cassé la jambe sur le verglas en janvier, il fait une convalescence puis rejoint Chartres. Et à la fin de l’été 1940 il retrouve sa famille, en Vendée, partie en juin avant la fin de l’année scolaire passée à Nantes. Le village est maintenant occupé par les Allemands

Après la guerre Armand Rérat enseigne dans les classes de préparation aux Grandes Ecoles : khâgne, technique-lettres, Alfort... On verra aussi au frontispice des manuels qu’il a écrits qu’il a été examinateur à HEC et a enseigné à l’Ecole Supérieure de Commerce à Paris. Après sa retraite il continue à faire passer des “colles” à St Louis. Il donne aussi des cours par correspondance.

Monsieur et Madame Rérat entretiennent des liens réguliers avec la Grande Bretagne et l’Amérique: pendant la première guerre Armand Rérat s’est fait des amis parmi les Américains et les a gardés pendant de longues années; à la Libération de Paris en août 1944, la famille reçoit des officiers ou des soldats américains par l’intermédiaire de la Cité Universitaire, et d'une de ses filles qui est interprète-traductrice dans un bataillon de Police Militaire au Castel de Bellechasse à Sceaux. Par ailleurs, ils ont fait entre autres deux voyages notoires en Angleterre, l’un en voiture en 1937, avec leurs quatre enfants, où ils avaient échangé leur maison de Sceaux pendant quelques semaines avec une famille de Banbury, et l’autre en 1957 avec un groupe de Scéens dans le cadre d’un échange Sceaux–Camberwell. A cette occasion, Armand Rérat note ses impressions dans des Cahiers comme il le fait très souvent. Au début du Cahier I, en 1920, il annonce: ’Ce que je veux faire dans ces pages par-dessus tout, c’est apprendre à écrire. Apprendre à écrire et apprendre à penser: les deux choses se tiennent.’

Entre 1919 et 1975 il écrit d’innombrables pages de cahiers manuscrits, sous forme de journal ou de mémoires, et portant sur plus de soixante-quinze ans de sa vie : récits ou réflexions sur les événements mentionnés et beaucoup d’autres, notes de travail ou de lecture, pages sur son enfance et son pays natal; sur les deux guerres et les affaires politiques, sur sa carrière et sa famille, et ses activités de loisirs : il a des ruches, aime lire, marcher, planter des arbres et observer les étoiles.

Dans la station balnéaire de Vendée où la famille passait ses vacances, Armand Rérat s’intéresse beaucoup au développement de la station et est un des fondateurs de l’association de tennis.

Armand Rérat meurt le 20 novembre 1976.