Paul Vissio

Le 13 Novembre 1971, les amis de Paul VISSIO se sont réunis au Lycée Lakanal, devant la salle de classe qui fut la sienne et qui portera désormais son nom pour évoquer son souvenir et honorer sa mémoire.
Ils assurent sa famille qu'elle n'est pas isolée dans son malheur, et que l'amitié et la gratitude, qui entouraient Paul VISSIO, restent et resteront, bien vivantes, et attentives.

 

 

 

 

En Septembre 1970 Monsieur VISSIO retrouva quinze de ses élèves de terminale pour sa première classe de. Mathématiques Supérieures. Vingt-cinq autres étaient venus se joindre à nous. Ferions-nous le chemin ensemble ou tout simplement en même temps ? La question ne se posa pas longtemps : au cours d'une réunion d'information pour nos parents, qu'il avait organisée avec notre professeur de physique Monsieur SCHIRMANN, il émit l'idée de créer une classe de neige, qui, contrairement à ses inquiétudes, enthousiasma nos parents.

Cet enthousiasme n'eut aucune peine à se répercuter sur nous et, bien vite, professeurs et élèves se trouvèrent unis pour la réalisation de cette entreprise peu commune pour une classe préparatoire. Pendant ces quelques mois de démarches avec nos professeurs. Monsieur VISSIO sut nous communiquer toute la foi qu'il avait dans la réalité de cette expérience si bien qu'armés de cette même foi nous avons pu convaincre l'administration du bien fondé de nos espoirs puis obtenir de certaines collectivités des subventions pour venir en aide à nos camarades matériellement démunis.

Tout ainsi se présentait sous le plus beau jour en ce début du mois de Février quand, sur une mésentente de dernière minute avec le Lycée de Villard-de-Lans, tout faillit s'effondrer et il fallut l'intervention décisive de Monsieur VISSIO pour que ce rêve se concrétise enfin. Nous vîmes là-bas combien nous lui devions pour cette intervention salutaire et le séjour à Villard-de-Lans restera à jamais parmi nos plus beaux souvenirs : nous y apprîmes à concilier travail et santé et la réussite ne s'en fit pas attendre : outre diverses distinctions sportives nous avons ramené de Villard-de-Lans nos plus beaux résultats de l'année.

De retour à Sceaux nous avons vécu une extraordinaire fin d'année scolaire par l'amitié qui nous réunissait et par les relations franches et détendues avec nos professeurs qui nous stimulaient. La fin de l'année scolaire approchant chacun d'entre nous eut à déterminer précisément son orientation. Là encore nos professeurs vinrent à nos devants : au cours de plusieurs réunions parents-élèves-professeurs dont Monsieur VISSIO s'était fait l'apôtre et le réalisateur depuis plusieurs années chacun put à loisir converser avec ses parents et nos professeurs pour choisir la voie conciliant au mieux ses aptitudes et ses désirs.

Au terme de cette année scolaire bien remplie chacun savait donc où il pouvait et devait aller et nous pûmes alors compter sur l'aide de Monsieur VISSIO pour prendre place dans la voie que chacun avait déterminée avec lui.

Aujourd'hui nous avons voulu nous réunir au Lycée Lakanal avec vous tous ses amis pour rendre un dernier hommage à notre maître. Nous n'oublierons jamais tout ce que son enseignement de grande classe nous a apporté mais nous l'admirerons toujours pour avoir su concilier son immense talent avec une humanité peu commune. En ce début d'année scolaire, c'est pour remercier un maître que nous voulions nous réunir au Lycée Lakanal et c'est pour honorer un ami perdu que nous sommes là,

Nous tenons à vous remercier, Mesdames, Messieurs, d'être venus si nombreux aujourd'hui, car à vingt ans la perte d'un maître admirable est un coup terrible et nous saurons qu'à travers votre présence Monsieur VISSIO sera toujours là pour nous soutenir et nous écouter.

BLED
élève de Math Sup 1970-1971 puis élève de SPA 1971-1972


Mesdames, Messieurs, Chers Amis,

Nous sommes nombreux à avoir ressenti le besoin de témoigner, par une manifestation d'amitié, notre attachement à Paul VISSIO. Il est admirable et réconfortant que nous soyons si nombreux.

C'est admirable car cela montre le rayonnement exceptionnel de notre ami ; c'est réconfortant car cela prouve que la droiture dans l'action, qui. pour des hommes de la trempe de Paul VISSIO trouve sa justification en elle-même, cette droiture ne rencontre pas que Mienie et ingratitude ; elle suscite aussi l'enthousiasme, et l'affection, voire le respect.

La vie trop courte et cependant si bien remplie de Paul VISSIO commence en 1924 dans la montagne savoyarde ; mais dès 1930, ses parents s'installent à l'Hay-les-Roses ; c'est là qu'il passe son enfance. Il est élève du cours complémentaire de Sceaux (qui deviendra le CEG actuel). Là, Monsieur TEYSSEDRE, son maître, dont il parlera toujours avec affection et reconnaissance, remarque ses dons exceptionnels et oriente ses études.

Il est reçu en 1940 à l'École Normale d'instituteurs d'Angers. En ces temps troublés il ne pourra pas y rester, et c'est ainsi qu'après un bref passage à notre Lycée Lakanal, il suivra au Lycée Janson de Sailly les classes de première et de "Math. Elem". Il prépare ensuite l'École Normale Supérieure de Saint Cloud au Lycée Saint Louis ; il est admis en 1945.

A cette époque, l'Ecole Normale de Saint Cloud ne préparait pas à l'agrégation. C'est donc seul, tout en enseignant, qu'il s'attaque à ce concours difficile. Certifié en 1948, il sera agrégé en 1953.

Pendant ce temps, il se marie - en 1947 - avec une jeune fille de l'Hay-les-Roses, il enseigne à Saumur, puis à Tours où naît sa fille. Et il ne renonce pas au football, son sport favori. Jeune agrégé, il enseigne d'abord à Blois pendant 3 ans, puis en septembre 56, il s'installe ici, au Lycée Lakanal, qu'il ne quittera plus. Et c'est au cours de cette première année scolaire à Sceaux que naît son fils.

Pour beaucoup, une telle réussite professionnelle et un tel bonheur familial eussent marqué le début d'un embourgeoisement tranquille et heureux. Mais pour lui. demeurer en un même lieu, ne pouvait signifier se laisser bercer de routine et d'indifférence à autrui. Au contraire, ses problèmes personnels résolus, il décuple son activité sociale, et donne libre cours à son tempérament généreux.

Son manque d'enthousiasme pour les partis en quête de pouvoir, ne l'empêche nullement de s'engager totalement chaque fois qu'une action précise requiert son dévouement.

C'est la défense de l'école laïque, avec les conseils de parents d'élèves, avec les syndicats d'enseignants de la FEN, avec le comité local d'action laïque ; c'est l'action pacifiste, aux côtés de Louis LECOIN ; ce sont des actions plus précises encore, comme le lancement ou le soutien de telle ou telle pétition. Voilà le style d'activité politique qui le trouve toujours disponible et d'un dévouement inépuisable. Son désintéressement indiscutable, sa bonne volonté, sa rigueur, lui valent l'estime de tous, même de ses adversaires. Ses proches voisins bénéficient d'ailleurs de sa combativité sans arrière pensée. Ainsi il crée et anime une association de locataires qui a rendu d'appréciables services.

Mais c'est surtout dans le cadre de son métier que sa prodigieuse activité se montre la plus féconde. Ses élèves diront ce qu'il fut dans sa classe. Il faut dire aussi que son rayonnement dépassait largement sa classe.

A partir de Mai 1964 , il fut tour à tour Secrétaire général. Président, de nouveau secrétaire général puis Directeur du bulletin de l'Association des Professeurs de Mathématiques de l'Enseignement Public. Et même lorsque en application des statuts de l'association; qui interdisent les mandats permanents, il se trouve éloigné du bureau, il reste un des membres les plus écoutés et les plus vigilants.

A l'inquiétude des maîtres devant l'avenir réservé à leurs élèves et devant les choix qu'impose une indispensable réforme, l'Association des professeurs de mathématique de l'enseignement public répond que les maîtres doivent d'abord réfléchir tous ensemble. L'entraide et l'amitié sont des sources inépuisables de perfectionnement personnel.

On organise non pas des cours de " recyclage " (ce qui signifierait que certains qui savent enseignent à d'autres qui ne savent pas) mais des chantiers, où chacun amène ce qu'il a.

L'APMEP a ainsi conçu la nécessité des IREM (les instituts de recherche sur l'enseignement des mathématiques) et grandement contribué à leurs débuts, bien lents hélas. Dans cette action de l'APMEP, Paul VISSIO se donne sans compter. Nombreux sont les collègues qui estiment lui devoir le courage du premier pas, l'enthousiasme d'un renouveau, la joie d'un espoir.

La défense de cet idéal le conduit à prendre une part active aux travaux de la commission ministérielle d'étude pour l'enseignement mathématique présidée par le professeur LICHNEROWICZ, commission dont le principal titre de gloire est sans doute la création des IREM, mais qui a du aussi se plier à la règle administrative et définir de nouveaux programmes. Sur ce point, bien éloigné certes de l'idéal, mais inévitable, Paul VISSIO a apporté aussi une contribution essentielle. Car n'ayant -jamais interrompu sa formation permanente personnelle, il avait beaucoup progressé depuis son agrégation, et il disposait à la fois d'assez de science pour s'entendre avec les savants les plus éminents, et d'assez de connaissance de la matière pédagogique pour ne pas engager la réforme dans des impasses.

Ses idées pédagogiques, sur un contenu possible de l'enseignement, compte tenu des programmes, il les précise et les diffuse aussi grâce à la collection de manuels scolaires qu'il dirige.

Compte tenu de sa notoriété, il devenait surprenant pour beaucoup qu'il enseignât toujours au niveau d'une classe terminale. Mais il ne voulait pas, contrairement à l'usage solliciter autre chose. Il fallut le prier d'accepter. Sans doute hésita-t-il d'ailleurs car animer, une première fois, une classe de mathématiques supérieures, c'est un travail qui réclame un temps considérable. Il le fit cependant, et avec quel succès .

Et c'est là le mystère, le seul, qui reste sur la vie de Paul VISSIO. Comment réussissait-il à faire tant de choses et à être cependant toujours dynamique, optimiste, encourageant pour tous. Sa vitalité, son énergie, sa rapidité, tenaient du prodige. Quand on pense à lui on ne peut pas imaginer qu'il ne soit plus. Et d'ailleurs n'est-il vraiment plus ? Mesdames, Messieurs, Chers Amis, si nous sommes ici aujourd'hui, cela ne signifie-t-il pas que pour nous, Paul VISSIO est toujours vivant ?

CLOPEAU
Professeur de mathématiques au Lycée Lakanal


Il y a maintenant 15 ans que Monsieur VISSIO fut mon professeur, au moment où il prit sa classe de Mathématiques Elémentaires au Lycée Lakanal. Je voudrais, à travers ce témoignage personnel, évoquer ce que Monsieur VISSIO savait être pour ses anciens élèves.

D'abord le conseiller, pleinement conscient de l'importance de son rôle auprès des élèves de milieu social modeste ; d'un dévouement inlassable ; toujours prêt lorsqu'il le jugeait nécessaire, à effectuer une démarche pour qui avait sa confiance ; et sa confiance, il ne la marchandait pas.

Puis l'ami, qui savait au milieu de ses activités multiples et très prenantes, trouver le temps de vous accueillir ; à qui l'on pouvait confier les désillusions, les doutes, si nombreux à la sortie des études, et qui par son exemple même vous redonnait la foi. Passionné par son métier ; combattant sans retenue pour toute cause qu'il estimait juste.

Maintenant hélas, il ne nous reste que le souvenir merveilleux, d'un homme enthousiaste et le modèle d'un homme courageux.

SALENÇON